CENTIF 2025 : vigilance accrue, transparence en chantier


Rédigé le 13 Mai 2026 à 18:50 | 0 commentaire(s) modifié le 13 Mai 2026 22:43

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

EMA - Entre consolidation des acquis et préparation du troisième cycle d’évaluation mutuelle du GIABA, le rapport d’activités dévoile un paysage contrasté .


Stabilisation à haut niveau, mais vulnérabilités persistantes

L’année 2025 marque une étape charnière pour la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF). Entre consolidation des acquis et préparation du troisième cycle d’évaluation mutuelle du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent (GIABA), le rapport d’activités 2025 présenté hier à la presse dévoile un paysage contrasté : des avancées indéniables, mais aussi des fragilités persistantes qui interrogent la robustesse du dispositif sénégalais de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

Avec 866 déclarations d’opérations suspectes (DOS) enregistrés, la CENTIF confirme en effet une stabilisation de l’activité déclarative à un niveau élevé. Le secteur bancaire concentre près de 75 % des signalements, traduisant une maturité croissante des dispositifs de conformité. Pourtant, la prédominance des banques souligne aussi la faiblesse relative des secteurs non financiers, où la culture de vigilance reste embryonnaire.
 
Les 28 millions de déclarations de transactions en espèces (DTE) enregistrés témoignent également d’une appropriation accrue des obligations LBC/FT. Mais derrière ces chiffres, le rapport met en lumière des pratiques inquiétantes : recours à des sociétés écrans, dépôts d’espèces sans justification économique, utilisation de comptes familiaux ou de tiers. Autant de signaux qui révèlent la persistance de zones d’opacité dans l’économie nationale.
 
Transmission judiciaire et coopération internationale
 
En 2025, la CENTIF a transmis 37 rapports au Pool judiciaire financier et disséminé 17 renseignements exploitables aux autorités compétentes. Ces chiffres traduisent une montée en puissance de la chaîne répressive, mais posent aussi la question de l’efficacité en aval : combien de ces dossiers aboutissent réellement à des condamnations ?
 
Sur le plan international, le Sénégal consolide son rayonnement. La co‑présidence du groupe “Risques, Tendances et Méthodes” du GIABA jusqu’en 2028 illustre la reconnaissance régionale de l’expertise nationale. Mais cette visibilité impose une exigence accrue : documenter, démontrer et prouver l’effectivité des mesures, au‑delà des intentions affichées.
 
Formation et sensibilisation : un chantier massif
 
Avec 1 701 acteurs formés en 2025, la CENTIF déploie un effort considérable pour diffuser une culture de conformité. Banques, assurances, microfinance, autorités judiciaires : la diversité des profils mobilisés traduit une volonté d’ancrer la vigilance dans tous les segments. Reste à mesurer l’impact réel de ces formations sur les pratiques quotidiennes, notamment dans les secteurs non financiers où les risques demeurent élevés.
 
Un dispositif sous tension avant l’échéance GIABA
 
Le rapport rappelle que l’Évaluation nationale des risques (ENR) situe le Sénégal à un profil moyen en blanchiment de capitaux, faible en financement du terrorisme et de la prolifération. Mais la préparation du troisième cycle d’évaluation mutuelle du GIABA en 2026 impose une discipline collective : preuves tangibles, documentation rigoureuse, démonstration d’efficacité.
 
Le Plan stratégique 2025‑2029 ambitionne une CENTIF plus moderne, agile et technologiquement équipée. L’enjeu est clair : transformer les acquis en résultats mesurables, capables de convaincre les évaluateurs internationaux.
 
Le rapport 2025 de la CENTIF illustre une institution en mouvement, mais aussi un dispositif sous tension. Les chiffres rassurent, les coopérations valorisent, les formations mobilisent. Pourtant, les pratiques déviantes persistent et les secteurs non financiers restent en retrait.

À l’approche du cycle GIABA 2026, la véritable épreuve sera celle de l’efficacité démontrée : transformer la vigilance déclarative en sanctions effectives, et la coopération internationale en crédibilité nationale.


 


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