À l’approche de la campagne de commercialisation agricole 2026-2027, le Gouvernement doit agir sur l’un des principaux facteurs de perturbation des filières qui est le financement de la collecte. En effet, la réussite de la campagne ne dépendra pas seulement de la quantité de production, mais aussi de la capacité à acheter rapidement, à rémunérer justement les producteurs, à transformer davantage et à sécuriser les débouchés.
Le Premier ministre, Ahmadou Al Hamidou Lo, a récemment souligné la nécessité de mobiliser des mécanismes de financement solides pour couvrir les besoins de la campagne de commercialisation agricole, estimés à plus de 200 milliards de francs CFA. Cette orientation met en lumière un enjeu déterminant : au-delà de la production, la réussite de notre politique agricole dépendra de notre capacité à organiser efficacement la collecte, à financer les achats et à garantir des débouchés rémunérateurs aux producteurs.
D’où l’importance de préciser les besoins, les sources de financement, les garanties disponibles, les bénéficiaires et le calendrier des décaissements. Attendre l’ouverture de la commercialisation pour mobiliser les ressources exposerait les opérateurs à des tensions de trésorerie et les producteurs à des retards de paiement ou à la vente à perte.
Bien entendu, le producteur doit être placé au cœur du dispositif. Après plusieurs mois de travail et d’exposition aux aléas climatiques, il doit pouvoir vendre sa récolte dans des conditions équitables et prévisibles. Cela suppose un réseau de collecte décentralisé, une information fiable sur les prix et les points d’achat, le respect effectif du prix officiel maintenu à 305 FCFA, ainsi que des mécanismes de contrôle et de recours accessibles.
Les organisations paysannes doivent également être renforcées afin de regrouper les volumes, mieux négocier et établir des relations contractuelles équilibrées avec les acheteurs. La souveraineté alimentaire passe par la souveraineté économique du producteur, car celui qui nourrit la nation doit pouvoir vivre dignement de son travail.
La SONACOS doit, pour sa part, jouer pleinement son rôle d’acteur stratégique de la filière. Cependant, cela exige de sécuriser son financement, d’améliorer ses capacités de collecte, de stockage et de transformation, et de coordonner son intervention avec celle des autres opérateurs. Le Sénégal doit aussi accélérer la transformation locale de l’arachide, développer la production d’huiles et de tourteaux, valoriser les sous-produits et soutenir les unités industrielles implantées dans les territoires.
Pour une campagne efficace, cinq priorités s’imposent :
1. Sécuriser le financement de la collecte. Eponger tres rapidement les arrierees dues aux Operateurs Prives Stockeurs et mettre en place des lignes de crédit dédiées, avec l’appui des banques publiques, notamment La Banque Agricole, la BNDE, mais aussi celui des autres institutions financières partenaires (BIS, ECOBANK, BOA etc..). Les mécanismes de garantie, comme ceux du FONGIP, de la DER/FJ, la CNAAS etc.. doivent être mobilisés pour faciliter l’accès au crédit des opérateurs éligibles.
2. Publier un calendrier de collecte et de règlement. Les engagements financiers, les échéances de paiement et les modalités de règlement doivent être clairement établis et suivis à travers un tableau de bord partagé.
3. Garantir la transparence des prix et des achats. Un dispositif territorial de suivi des prix, des quantités collectées et des points d’achat, doit permettre de prévenir les abus et de protéger les producteurs.
4. Renforcer la collecte, le stockage et la transformation. La SONACOS, les industriels et les petites unités de transformation doivent bénéficier d’un accompagnement adapté afin d’accroître la valeur ajoutée retenue dans l’économie nationale. Nous pouvons citer des faitieres comme RASIAAT et d'autres agroindustriels sis a Touba et a travers l'echiquier national.
5. Mettre en place une gouvernance territoriale efficace. Des cadres de concertation réguliers doivent réunir producteurs, opérateurs, transformateurs, banques et services techniques autour de décisions précises, de responsabilités identifiées et d’un suivi rigoureux.
Dans la perspective de la Vision Sénégal 2050, la campagne agricole 2026-2027 doit dépasser la gestion des urgences. Elle doit contribuer à bâtir une chaîne de valeur cohérente, capable de relier le financement, la production, la collecte, la transformation et la commercialisation.
Ainsi, c’est une ambition qui relève à la fois de la technique et de la décision politique. Elle exige de l’anticipation, de la coordination et une obligation de résultats. Les producteurs attendent des actes, les opérateurs ont besoin de visibilité et l’économie nationale doit mieux valoriser son potentiel agricole.
Réussir la campagne arachidière, ce n’est pas seulement acheter une récolte. C’est protéger des milliers de familles, soutenir l’emploi rural, renforcer l’industrie et faire de l’arachide un véritable levier de souveraineté économique.
Cordialement !
Par Monsieur Djibril Ba
Ingénieur Agronome
Ingenieur Financier
MBA en Financial management
Président du Mouvement PROGRÈS