Escroquerie Ponzi et blanchiment électronique : le piège des comptes marchands


Rédigé le 19 Mai 2026 à 18:23 | 0 commentaire(s) modifié le 20 Mai 2026 01:17

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

EMA - Une mise dérisoire de 1.000 FCFA suffisait pour « tester un produit » et accéder à des gains prétendument proportionnels aux investissements.


La réalité derrière le décor

Sous couvert d’un projet d’implantation au Sénégal – boutiques physiques et plateforme en ligne – la Société Y, dirigée par Monsieur RAY, a séduit des centaines de particuliers. Une mise dérisoire de 1.000 FCFA suffisait pour « tester un produit » et accéder à des gains prétendument proportionnels aux investissements. La mécanique pyramidale était limpide : recruter de nouveaux adhérents pour espérer des rendements toujours plus élevés.

Les investigations du directeur des enquêtes de police à la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) Sénégal, Mandjibou Lèye, ont révélé que les profits annoncés n’étaient qu’une illusion. Dans sa présentation faite lors de lancement du rapport CENTIF 2025, M. Lèye souligne que les premiers participants étaient rémunérés grâce aux apports des nouveaux entrants, sans aucune activité économique réelle. « Les organisateurs incitaient les clients à différer leurs retraits, maintenant artificiellement la confiance jusqu’à la disparition programmée du système », a-t-il révélé.
 
Les flux financiers en trompe‑l’œil
 
L’analyse des transactions des comptes marchands associés (Sociétés O, P, R, S) met en évidence une redistribution quasi mécanique des fonds :
 
Société O : 356,5 millions FCFA encaissés → 45 millions redistribués. Société P : 129,5 millions FCFA encaissés → 127,9 millions redistribués. Société R : 923,7 millions FCFA encaissés → 908,5 millions redistribués. 

Ces ratios confirment l’absence de commerce réel : les flux entrants repartent directement vers les adhérents, typiques d’un schéma Ponzi.
 
Les indices de blanchiment
 
Les indices donnés par l’enquêteur portent sur la multiplication de comptes marchands ouverts avec des documents d’apparence régulière, les volumes d’encaissements disproportionnés sans activité commerciale identifiable, la redistribution automatique des fonds vers des utilisateurs et l’utilisation de structures écrans pour légitimer des flux frauduleux.
 
Un signal d’alerte pour la régulation
 
Ce cas illustre la vulnérabilité des systèmes de monnaie électronique face aux escroqueries pyramidales. Les comptes marchands, censés faciliter le commerce digital, deviennent des vecteurs privilégiés pour le blanchiment de capitaux lorsqu’ils échappent au contrôle rigoureux des autorités.
 
Message clé EMA
 
La lutte contre le blanchiment exige une vigilance accrue sur les plateformes de paiement électronique. Sans traçabilité ni contrôle renforcé, les chaînes de Ponzi prospèrent et fragilisent la confiance dans l’économie numérique.


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