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Dans la foulée des récentes décisions plénières du Groupe d’action financière (GAFI), la mise aux normes des établissements bancaires en Afrique de l’Ouest n'est plus une question de théorie juridique, mais un impératif d'ingénierie opérationnelle.
Pour comprendre comment les banques régionales intègrent ces exigences internationales, Énergie & Mines Afrique (EMA) a interrogé la directrice de la Conformité et du Contrôle permanent de la Banque nationale pour le développement économique (BNDE) du Sénégal. De la gestion du risque pays à la vérification des Bénéficiaires effectifs (UBO) dans les secteurs minières et hydrocarbures, retour sur une feuille de route sous haute tension.
Gestion du risque pays : la réactivité des banques mise à l'épreuve
Dès qu'une communication officielle du GAFI annonce une révision des listes (grise ou noire), le compte à rebours est lancé au sein des directions de la conformité.
À la BNDE, la révision du référentiel pays est engagée immédiatement dans les jours qui suivent la publication, avec un délai plafond fixé à 30 jours pour réévaluer l'ensemble du portefeuille clients et contreparties.
« La démarche s’effectue selon une séquence rigoureuse : mise à jour du référentiel pays, identification des flux, des bénéficiaires et des mandataires liés aux juridictions concernées, puis réévaluation globale du profil de risque. Lorsque le niveau de risque le justifie, une vigilance renforcée est appliquée », a déclaré à EMA Mame Diabou Ndiaye, directrice de la conformité et du contrôle permanent à la BNDE.
Le verrou des bénéficiaires effectifs (UBO) : les failles du registre public dans l'extractif
L'identification des bénéficiaires effectifs ultime demeure le casse-tête n°1 des professionnels de la conformité, particulièrement dans les secteurs des mines, de l'énergie et des hydrocarbures.
Selon l'analyse exclusive transmise par la BNDE à EMA, la vérification sur le terrain se heurte à trois obstacles majeurs :
L'incomplétude du Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) : bien qu'accessible, le RBE souffre d'un défaut de mise à jour critique, avec des données qui semblent limitées aux entités déclarées jusqu'en 2025. Un frein majeur pour vérifier les récentes modifications d'actionnariat ou les entités nouvellement créées.
L'opacité des chaînes de détention transfrontalières : dans les secteurs extractifs, la juxtaposition de holdings internationales, de joint-ventures et d'entités publiques rend la détermination de la personne physique contrôlante très complexe.
L'obtention des pièces d'identité hors UEMOA : la collecte des justificatifs des ayants droit finaux établis hors de la zone UEMOA alourdit significativement les délais de conformité des dossiers.
LE TRIO DES DIFFICULTÉS UBO DANS L'EXTRACTIF (BNDE) 1. RBE INCOMPLET Données publiques bloquées à 2025 / obsolescence des actes. 2. COMPLEXITÉ CAPITALISTIQUE Empilement de holdings hors zone UEMOA & joint-ventures. 3. RISQUE DE PRÊTE-NOM Difficulté à déceler les PPE et mandataires officieux. Dans la foulée des récentes décisions plénières du Groupe d’action financière (GAFI), la mise aux normes des établissements bancaires en Afrique de l’Ouest n'est plus une question de théorie juridique, mais un impératif d'ingénierie opérationnelle.
Pour comprendre comment les banques régionales intègrent ces exigences internationales, Énergie & Mines Afrique (EMA) a interrogé la directrice de la Conformité et du Contrôle permanent de la Banque nationale pour le développement économique (BNDE) du Sénégal. De la gestion du risque pays à la vérification des Bénéficiaires effectifs (UBO) dans les secteurs minières et hydrocarbures, retour sur une feuille de route sous haute tension.
Gestion du risque pays : la réactivité des banques mise à l'épreuve
Dès qu'une communication officielle du GAFI annonce une révision des listes (grise ou noire), le compte à rebours est lancé au sein des directions de la conformité.
À la BNDE, la révision du référentiel pays est engagée immédiatement dans les jours qui suivent la publication, avec un délai plafond fixé à 30 jours pour réévaluer l'ensemble du portefeuille clients et contreparties.
« La démarche s’effectue selon une séquence rigoureuse : mise à jour du référentiel pays, identification des flux, des bénéficiaires et des mandataires liés aux juridictions concernées, puis réévaluation globale du profil de risque. Lorsque le niveau de risque le justifie, une vigilance renforcée est appliquée », a déclaré à EMA Mame Diabou Ndiaye, directrice de la conformité et du contrôle permanent à la BNDE.
Le verrou des bénéficiaires effectifs (UBO) : les failles du registre public dans l'extractif
L'identification des bénéficiaires effectifs ultime demeure le casse-tête n°1 des professionnels de la conformité, particulièrement dans les secteurs des mines, de l'énergie et des hydrocarbures.
Selon l'analyse exclusive transmise par la BNDE à EMA, la vérification sur le terrain se heurte à trois obstacles majeurs :
L'incomplétude du Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) : bien qu'accessible, le RBE souffre d'un défaut de mise à jour critique, avec des données qui semblent limitées aux entités déclarées jusqu'en 2025. Un frein majeur pour vérifier les récentes modifications d'actionnariat ou les entités nouvellement créées.
L'opacité des chaînes de détention transfrontalières : dans les secteurs extractifs, la juxtaposition de holdings internationales, de joint-ventures et d'entités publiques rend la détermination de la personne physique contrôlante très complexe.
L'obtention des pièces d'identité hors UEMOA : la collecte des justificatifs des ayants droit finaux établis hors de la zone UEMOA alourdit significativement les délais de conformité des dossiers.
Correspondance bancaire : les cicatrices et leçons de la liste grise
Les banques sénégalaises connaissent parfaitement le prix d'une surveillance renforcée. Le Sénégal en a lui-même fait l'expérience directe avant sa sortie réussie de la liste grise du GAFI en octobre 2024.
Sur le front de la correspondance bancaire, la BNDE confirme subir une pression constante et accrue de la part de ses correspondants internationaux. Pour les flux liés aux pays sous surveillance, les banques internationales multiplient les demandes de justificatifs sur l'origine des fonds, la logique économique des transactions et l'identité certifiée des UBO.
L'IA, les paiements instantanés (P-SPI) et le défi du « Temps réel »
Pour faire face à la charge de travail et au volume des flux, les outils digitaux et l'intelligence artificielle (IA) sont devenus indispensables. Ils permettent à la BNDE de filtrer les fausses alertes en temps réel et de détecter les comportements transactionnels atypiques au-delà des simples montants.
Cependant, selon la BNDE, le défi majeur d'ici la fin de l'année réside dans l'intégration de la conformité en temps réel au cœur des parcours digitaux :
Paiements instantanés (P-SPI) : le contrôle a posteriori est désormais obsolète. Les banques doivent être en mesure de détecter, d'intercepter et de bloquer une transaction suspecte avant que l'exécution ne soit irréversible et que les fonds ne soient définitivement transférés.
Dispositifs e-KYC : intégrer la vérification d'identité à distance et le filtrage des personnes politiquement exposées (PPE) et des listes de sanctions dès l'entrée en relation, sans altérer l'expérience client.
L'enseignement clé d'EMA : Pour pérenniser durablement la sortie du Sénégal de la liste grise, la conformité bancaire doit prouver l'efficacité de ses contrôles sur le terrain par des pistes d'audit irréprochables, tout en adaptant ses algorithmes au rythme de la digitalisation instantanée des flux.