GIABA 2025 : entre dynamiques politiques et solidarité régionale face au crime financier


Rédigé le 8 Juillet 2026 à 20:54 | 0 commentaire(s) modifié le 8 Juillet 2026 21:18

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

EMA – L’analyse transversale et stratégique des documents issus de la session annuelle d'Information du GIABA révèlent des dynamiques politiques et la solidarité régionale face au crime financier.


Parmi les jalons marquants de l’année dernière figure la décision du Comité ministériel du d’approuver le maintien de la pleine adhésion du Burkina Faso, du Mali et du Niger au Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent (GIABA) au sein de l'institution.
 
C’est ce qu’a souligné Cherno Mam JALLOW, directeur de l’Administration et des Finances du GIABA, dans son discours d’ouverture prononcé au nom du directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr., lors de la session annuelle d’information à l’intention des ambassadeurs et des partenaires techniques et financiers.
 
Alors que le paysage géopolitique de l'Afrique de l'Ouest est marqué par des ruptures institutionnelles, le GIABA réaffirme que la coopération technique, la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) transcendent les clivages politiques. Cette unité est présentée comme une condition sine qua non pour sécuriser l'espace économique régional face à des réseaux criminels transfrontaliers de plus en plus interconnectés.
 
Bilan du rapport annuel 2025 : succès stratégiques et vulnérabilités émergentes

Le rapport de l'année 2025, coïncidant avec le jubilé d'argent (25 ans) du GIABA, met en lumière une accélération de la conformité dans la région, bien que des défis structurels majeurs persistent.
 
Des victoires multilatérales notables
Sorties de la « Liste Grise » : le Mali, le Nigeria et le Burkina Faso ont réussi à sortir de la liste grise du GAFI, démontrant l'efficacité des réformes nationales et de l'accompagnement technique du GIABA. Reconnaissance internationale : l'admission des Cellules de renseignements financiers (CRF) de la Gambie et de la Sierra Leone au sein du Groupe Egmont renforce la crédibilité et l'interopérabilité des services de renseignement ouest-africains. Performance globale : le taux d'exécution du Plan stratégique 2023-2027 s'établit à 69 %, en progression constante (+6% par rapport à 2024).
Les angles morts et menaces prioritaires
Nouvelles technologies et fintech : le rapport souligne une vulnérabilité croissante liée à la numérisation des services financiers (monnaie électronique, actifs virtuels) ouvrant de nouveaux canaux d’abus, avec des régulations encore insuffisantes. Ces innovations, bien que cruciales pour l'inclusion financière, créent des failles réglementaires exploitées pour le blanchiment et le financement du terrorisme. Déficit d'efficacité opérationnelle : malgré de bonnes avancées en matière de conformité textuelle (lois et décrets), la sous-région peine encore sur le terrain de l'efficacité concrète : les enquêtes financières complexes, le renseignement proactif et, surtout, le recouvrement des avoirs criminels restent largement insuffisants.
 
Cap vers le 3ème cycle d'évaluations mutuelles
 
Le calendrier du 3ème cycle d'évaluations mutuelles marque un tournant méthodologique majeur. Le focus se déplace de la simple conformité légale vers la mesure de l'efficacité réelle des dispositifs nationaux.
 
Pour les acteurs économiques et institutionnels, les échéances à venir seront des baromètres cruciaux pour la réputation financière des États. Le Ghana ouvrira la marche avec une visite sur place dès janvier 2026.
 
Le Sénégal jouera une partition serrée en août 2026, sous la supervision de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) dont le leadership (via son président Cheikh Mouhamadou Bamba Siby) est actuellement engagé au plus haut niveau international avec sa participation à la plénière du Groupe Egmont.
 
Le Burkina Faso (février 2027) et le Mali (août 2027) suivront, mettant à l'épreuve la durabilité de leur récente sortie de la liste grise.
 
Convergence capital humain & inclusion : la perspective du CCDG
 
La présentation des résultats du Centre de la CEDEAO pour le développement du genre (CCDG) apporte un éclairage complémentaire indispensable sur les leviers structurels du développement régional. L'approche du CCDG s'articule autour de l'autonomisation à long terme pour réduire les vulnérabilités économiques.
 
Soutien aux secteurs stratégiques : l'allocation de plus de 1,48 milliard de FCFA en bourses d'excellence pour les filles dans les filières techniques — incluant explicitement les mines et le pétrole — montre une volonté claire de diversifier la main-d'œuvre qualifiée dans les industries extractives en pleine expansion dans la sous-région. Facilitation du commerce transfrontalier : les actions de sensibilisations et d’information menées sur les corridors Tama-Paga-Ouagadougou (2023) ; Dakar-Banjul-Bissau (2024) et Abidjan-Lagos (2025) ciblent directement le secteur informel et le commerce transfrontalier, souvent vulnérables aux tracasseries et au manque de transparence. Gouvernance par la donnée : le déploiement des plateformes numériques ECOGO (Observatoire du Genre) et ECOGEB (Baromètre du Genre) s'inscrit dans la même logique de modernisation et de transparence que celle prônée par les institutions financières comme le GIABA.
 
Synthèse pour la gouvernance régionale
 
Ces documents révèlent une vision d'ensemble où la sécurité financière (GIABA) et l'équité socio-économique (CCDG) se complètent. Alors que le directeur général Edwin W. Harris Jr. s'apprête à passer le relais à la tête d'un GIABA institutionnellement renforcé, les États membres font face à un double défi : transformer leurs réformes législatives en résultats opérationnels visibles (enquêtes, saisies) et sécuriser la transition numérique de leurs économies sans étouffer l'innovation financière.
 
 
 


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