Justice énergétique : quand l’Afrique redéfinit les règles du jeu


Rédigé le 11 Mars 2026 à 16:18 | 0 commentaire(s) modifié le 11 Mars 2026 17:14

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

EMA - Le CRADESC interroge une question brûlante : comment garantir que la transition énergétique soit réellement juste et équitable pour les populations sénégalaises ?


La transition énergétique mondiale ne peut se réduire à des chiffres de PIB ou à des promesses diplomatiques. Elle se joue dans les villages, les quartiers, les ateliers de transformation, là où l’électricité change la vie quotidienne. À Dakar, le 6 mars 2026, le Centre de Recherche et d’Action sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (CRADESC) a réuni institutions, société civile et chercheurs pour interroger une question brûlante : comment garantir que la transition énergétique soit réellement juste et équitable pour les populations sénégalaises ?
 
Quand la technocratie rencontre la réalité sociale
 
La directrice générale du CRADESC, docteure Fatima Diallo l’a rappelé avec force :
"L’État raisonne en termes de croissance, d’encadrement institutionnel et de grands indicateurs. Les communautés, elles, demandent autre chose : inclusion, participation, accès abordable à l’électricité, réduction de la pénibilité pour les femmes, amélioration des conditions de vie."
 
Cette fracture révèle un enjeu fondamental : sans justice sociale, la transition énergétique restera une promesse creuse.
 
Leçons pour l’Afrique et le monde
 
Les débats du CRADESC rejoignent les enseignements des études internationales :
 
Identifier les zones défavorisées et en faire des priorités d’investissement. Garantir que les projets solaires et éoliens profitent d’abord aux villages environnants, plutôt qu’aux seuls investisseurs. Mettre les femmes et les jeunes au centre, car ils sont les premiers impactés et les premiers moteurs du changement. Assurer la transparence : les financements du JETP doivent être suivis, contrôlés et évalués par la société civile.
 
Un message au-delà du Sénégal
 
Ce qui se joue à Dakar dépasse les frontières nationales. L’Afrique francophone, riche en ressources mais vulnérable aux inégalités, peut devenir le laboratoire d’une transition énergétique crédible et équitable. Les expériences du Sénégal, de l’Afrique du Sud ou du Chili montrent que les coalitions citoyennes, les plateformes multipartites et les mécanismes de suivi sont des armes puissantes pour transformer des engagements abstraits en réalités tangibles.
 
Un appel à l’action

La transition énergétique ne sera crédible que si elle est juste. Elle ne sera durable que si elle est inclusive. Elle ne sera transformative que si elle place les communautés au cœur des décisions.

Le Sénégal, à travers son JETP, a l’opportunité de montrer la voie : une transition qui ne se contente pas de réduire les émissions, mais qui redistribue les bénéfices, renforce la dignité et construit un avenir équitable.

EMA continuera à porter ce message : l’Afrique n’est pas seulement un terrain d’expérimentation, elle est un acteur stratégique qui redéfinit les règles du jeu énergétique mondial.
 


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