Mines et industries : le paradoxe de la transparence au Sénégal en 2024


Rédigé le 14 Janvier 2026 à 09:44 | 0 commentaire(s) modifié le 14 Janvier 2026 10:45

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

EMA - Derrière les chiffres officiels de productions minières déclarés par la Direction générale de la Géologie et des Mines (DGMG), une réalité saute aux yeux.


En 2024, le Sénégal a produit de l’or, du ciment, des phosphates et des minéraux lourds en quantités impressionnantes. Mais derrière les chiffres officiels déclarés par la Direction de la Géologie et des Mines (DGMG), une réalité saute aux yeux : toutes les cartes ne sont pas sur la table. Certaines grandes entreprises n’ont pas communiqué leurs données, laissant planer un voile d’opacité sur un secteur pourtant stratégique.

L’or de Kédougou, moteur incontesté

À Kédougou, l’or continue de briller. Deux sociétés, Sabodola Gold Operation (SGO) et Petowal Mining Company (PMC), concentrent l’essentiel de la production. Ensemble, elles ont généré des centaines de milliards de FCFA, confirmant la région comme épicentre de la richesse minière. L’argent, produit en quantités plus modestes, reste un sous-produit précieux.

Le ciment, colonne vertébrale industrielle

À Dakar et Thiès, ce sont les cimenteries qui dominent. Les Ciments du Sahel, SOCOCIM et Les Ciments de l’Afrique ont livré des millions de tonnes de ciment et de calcaire, alimentant chantiers et infrastructures. Thiès s’impose comme un véritable hub industriel, où se croisent ciment, calcaire et minéraux lourds.

Les phosphates, un géant silencieux

Matam, Thiès et Diourbel ont vu sortir des centaines de milliers de tonnes de phosphates. Mais l’absence des chiffres des ICS – acteur historique et pilier du secteur – laisse un vide statistique majeur. Comment mesurer l’impact réel des phosphates sans les données du principal producteur ?

Les minéraux lourds, un trésor discret

À Thiès, Grande Côte Operations (GCO) domine avec zircon, ilménite et rutile. À Saint-Louis, SEN-HMC complète le tableau. Ces minéraux lourds, moins connus du grand public, sont pourtant essentiels dans les chaînes industrielles mondiales, de l’aéronautique aux technologies de pointe.
 

Transparence : le grand défi

Le constat est clair : les données manquent. ICS, Dangote et d’autres n’ont pas communiqué leurs chiffres de production. Résultat : les statistiques nationales sont incomplètes, fragilisant la crédibilité du pays auprès des investisseurs et limitant la capacité des citoyens à comprendre les retombées économiques.

Les Exigences 3.2 et 3.3 rappellent pourtant que la DGMG doit aller plus loin :
Divulguer les volumes et valeurs par matière première. Préciser les sources et méthodes de calcul. Documenter les mécanismes de suivi et de contrôle de l’exactitude des données. Présenter les données selon les normes nationales et internationales de classification.

Cette approche permettrait non seulement de publier des chiffres exhaustifs, mais aussi de rapprocher les exportations déclarées par les sociétés avec les importations enregistrées par les pays destinataires. Un double contrôle indispensable pour réduire les zones d’ombre et renforcer la confiance.

En 2024, le Sénégal a confirmé sa puissance minière et industrielle, mais aussi ses fragilités. L’or de Kédougou, le ciment de Thiès et Dakar, les phosphates de Matam et les minéraux lourds de GCO dessinent une carte de la richesse nationale. Mais sans données exhaustives et vérifiables, cette carte reste incomplète.

La transparence est la clé pour renforcer la crédibilité du pays, attirer les investisseurs et donner aux citoyens les moyens d’évaluer les bénéfices réels de l’exploitation des ressources. Les exigences institutionnelles et les recommandations de l’ITIE montrent la voie : publier, ventiler, rapprocher et vérifier. C’est à ce prix que la richesse minière pourra devenir un véritable capital de confiance et de développement durable.
 


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