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Sénégal - Côte d'Ivoire : le paradoxe de deux puissances régionales qui commercent encore trop peu


Rédigé le 21 Octobre 2026 à 12:00 | 0 commentaire(s) modifié le 21 Octobre 2026 - 13:05


EMA - À Abidjan, Ahmadou Alaminou Lo souligne la faiblesse des échanges commerciaux entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire et appelle à une meilleure mise en œuvre des accords bilatéraux.


À Abidjan, le premier ministre sénégalais Al Aminou Lo a prononcé un discours de fraternité. Mais derrière les formules diplomatiques, un constat plus dérangeant a émergé : les deux locomotives économiques d'Afrique de l'Ouest peinent encore à transformer leurs engagements en résultats concrets.

Le paradoxe d'un partenariat exemplaire sur le papier

Entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire, tout semble réuni pour construire l'un des partenariats économiques les plus dynamiques du continent.

Une histoire commune. Des liens humains profonds. Deux économies parmi les plus importantes de l'UEMOA. Une convergence politique assumée. Des ambitions nationales de transformation économique portées respectivement par le programme « Sénégal 2050 » et le futur Plan national de développement ivoirien.

Pourtant, à l'occasion de sa visite d'amitié et de travail à Abidjan, le premier ministre sénégalais a choisi de mettre le doigt sur une faiblesse rarement exprimée avec autant de clarté. « Très peu d'accords sont en réalité appliqués », a-t-il reconnu, en évoquant un cadre juridique de coopération qui compte pourtant près d'une cinquantaine d'accords bilatéraux.

Une phrase lourde de sens. Car elle révèle le principal défi de l'intégration régionale ouest-africaine : la multiplication des textes n'a pas nécessairement produit la multiplication des résultats.

Des échanges commerciaux encore loin du potentiel réel

Le constat est tout aussi sévère sur le terrain économique. Selon le chef du gouvernement sénégalais, le volume cumulé des échanges économiques et commerciaux entre les deux pays tourne autour de 250 milliards FCFA, une performance qu'il juge « largement en deçà des espoirs nourris » compte tenu du potentiel existant.

L'observation interpelle. Le Sénégal et la Côte d'Ivoire sont souvent présentés comme deux piliers de la stabilité économique régionale. Ensemble, ils représentent une part considérable du PIB de l'espace UEMOA et concentrent une forte attractivité pour les investisseurs internationaux. Mais leurs relations économiques demeurent encore insuffisamment intégrées.

Le potentiel existe dans l'énergie, les infrastructures, les transports, l'enseignement supérieur, les services financiers, l'agro-industrie et les industries extractives. Pourtant, les flux commerciaux et les investissements croisés restent en dessous des attentes des décideurs des deux capitales.

Le défi africain de l'exécution

Plus qu'un simple diagnostic bilatéral, l'intervention du premier ministre sénégalais soulève une question plus large. L'Afrique de l'Ouest souffre-t-elle davantage d'un déficit de projets ou d'un déficit d'exécution ?

Depuis plusieurs décennies, les États de la région ont multiplié les commissions mixtes, protocoles de coopération et accords sectoriels. Mais le fossé entre les décisions politiques et leur mise en œuvre demeure souvent considérable.

En reconnaissant publiquement cette réalité, Dakar semble vouloir envoyer un signal : le temps des déclarations doit désormais céder la place à celui des résultats mesurables. C'est dans cette logique que le Sénégal salue la création d'un comité conjoint chargé du suivi et de l'évaluation des décisions prises dans le cadre de la coopération sénégalo-ivoirienne.

Du symbole à l'impact

L'enjeu dépasse la seule relation entre Dakar et Abidjan. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les défis sécuritaires et les incertitudes économiques mondiales, la réussite du partenariat sénégalo-ivoirien pourrait devenir un laboratoire régional de coopération efficace.

L'axe Dakar-Abidjan dispose d'atouts uniques : stabilité relative, poids économique, influence diplomatique et proximité institutionnelle au sein de l'UEMOA et de la CEDEAO. Mais la crédibilité de ce leadership régional dépendra moins du nombre d'accords signés que du nombre de projets effectivement réalisés.

C'est probablement là le véritable message de cette visite. Car dans une région où les ambitions sont immenses, la différence ne se fera plus dans les communiqués officiels. Elle se fera dans l'exécution.

Pour le Sénégal comme pour la Côte d'Ivoire, le défi n'est plus de signer davantage. Il est enfin d'appliquer ce qui existe déjà.
EMA



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