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Sociétés écrans, avocats, notaires et conseils : comment les normes renforcées du GAFI transforment la pratique des affaires en Afrique


Rédigé le 30 Septembre 2026 à 12:25 | 0 commentaire(s) modifié le 30 Septembre 2026 - 13:12

Massamba Ndakhté Gaye
Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations... En savoir plus sur cet auteur

EMA – Le GAFI place désormais les professionnels du droit et du conseil (avocats, notaires, experts-comptables, conseils en gestion) en première ligne de la conformité.


Temps de lecture : 7 min
 
La révision de la Recommandation 24 du Groupe d'action financière (GAFI) sur la transparence et les bénéficiaires effectifs des personnes morales marque une rupture majeure. L'époque où des montages juridiques complexes, l'utilisation d'actions au porteur ou le recours à des prête-noms permettaient de dissimuler l'identité des véritables ayants droit d'une entreprise est révolue.
 
Pour les économies africaines — en particulier dans les secteurs à forte intensité de capital comme les mines, les hydrocarbures et l'immobilier —, cette exigence de transparence redéfinit les règles du jeu. Elle place désormais les professionnels du droit et du conseil (avocats, notaires, experts-comptables, conseils en gestion) en première ligne de la conformité.

La traque des sociétés écrans : du registre déclaratif à la vérification multi-sources

L'application des normes renforcées du GAFI exige des États qu'ils ne se contentent plus de simples registres du commerce passifs ou déclaratifs. La norme impose une approche combinée :

1. Registres centraux accessibles et vérifiés : les autorités nationales (et régionales comme dans l'espace OHADA) doivent centraliser les données relatives aux Bénéficiaires effectifs (UBO) et s'assurer de leur exactitude en temps réel.
 
2. Production de preuves pour les contrats publics et titres miniers : la divulgation certifiée des UBO devient une condition préalable obligatoire pour participer aux appels d'offres publics, obtenir une licence d'exploration minière ou signer un contrat d'amodiation pétrolière.
 
3. Interdiction des instruments d'opacité : élimination progressive des actions au porteur et encadrement strict des mécanismes de mandataires (nominee shareholders/directors).
 
                               LE NOUVEAU STANDARD DE TRANSPARENCE UBO      
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│       ACQUIS TRADITIONNELS                         │      EXIGENCES RENFORCÉES       
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│ • Déclaration d'actionnariat                           │ • Identification de l'UBO ultim
│   direct (Personnes morales)                         │   (Personne physique contrôlante)
│ • Registres du commerce                              │ • Vérification multi-sources & 
│   déclaratifs                                                     │   mises à jour en temps réel    
│ • Secret des affaires étanche                       • Transparence sur les PPE et 
│                                                                          accès des autorités/médias   
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Professions non financières désignées (PNFD) : les nouveaux gardiens du temple

Historiquement perçus comme de simples facilitateurs ou conseils juridiques, les avocats, notaires, experts-comptables et conseils d'affaires voient leur responsabilité directement engagée par le GAFI.
Profession Rôle traditionnel Nouvelles obligations opérationnelles (GAFI)
Notaires & Greffiers Authentification des actes et constitution de sociétés. Obligation de vérifier l'identité réelle de l'UBO avant toute immatriculation ou transfert d'actifs immobiliers/miniers.
Avocats & Conseils juridiques Structuration fiscale, juridique et accompagnement des fusions-acquisitions. Exigence de déclaration de soupçon (DS) à la CENTIF lors d'opérations financières ou immobilières non contentieuses.
Experts-Comptables & Auditeurs Certification des comptes et tenue du bilan. Détection des flux anormaux, des prêts inter-entreprises opaques et vérification de la cohérence UBO/états financiers.
Impact sur l'écosystème extractif et les Personnes Politiquement Exposées (PPE)

Dans les secteurs minier et énergétique en Afrique de l'Ouest, l'application stricte des Recommandations 24 et 25 (trusts et constructions juridiques) vise directement à éradiquer le risque de conflit d'intérêts et de captation de rentes :

1. Identification des PPE cachées : les montages impliquant des sociétés offshore destinées à masquer la participation de décisionnaires publics dans des permis miniers ou des contrats de sous-traitance (Local Content) sont désormais traqués par des recoupements de données croisées.
 
2. Responsabilité des intermédiaires d'affaires : les apporteurs d'affaires et consultants internationaux ne peuvent plus s'abriter derrière le secret professionnel pour refuser de révéler l'identité de leurs commanditaires lors de transactions sur des titres miniers.
 
3. Feuille de route pour les professionnels du droit et du conseil
Pour s'adapter à cette mutation réglementaire et éviter de lourdes sanctions administratives ou pénales, les cabinets et professionnels doivent structurer leur démarche :

- Adopter une cartographie des risques interne : évaluer le niveau de risque de chaque client avant toute prise de mandat (origine des fonds, structures de détention complexes, présence de PPE).
 
- Mettre en place une procédure KYC/UBO formalisée : collecter les pièces d'identité, statuts et organigrammes jusqu'à remonter à la personne physique détenant au moins 10% à 25% du capital ou du droit de vote.
 
- Former les équipes au devoir de vigilance et de déclaration : dissociation claire entre le conseil juridique contentieux (protégé par le secret professionnel) et la facilitation de transactions financières ou immobilières (soumise au devoir de vigilance LAB/CFT).
 
En résumé, la transparence des bénéficiaires effectifs transforme les professions juridiques et financières de l'Afrique de l'Ouest en véritables acteurs de la sécurité financière globale. Loin de nuire aux affaires, cette rigueur est le gage de sécurité juridique qu'exigent désormais les investisseurs institutionnels mondiaux.



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