Ces scores correspondent à la moyenne globale pondérée en fonction du poids démographique des pays concernés, contrairement donc à la méthode retenue par la BAD qui se base sur une simple moyenne arithmétique pour effectuer des comparaisons entre différents groupes de pays (donnant ainsi, par exemple, le même poids à un minuscule pays insulaire de 100 mille habitants qu’à un pays de plus de 100 millions d’habitants, plus de mille fois plus peuplé). Toutefois, il est à noter qu’en cas d’utilisation de la moyenne arithmétique, l’Afrique francophone devance alors le reste du continent même en tenant compte de l’Afrique du Sud, avec un score global de 0,5574 point contre 0,5378 point (en intégrant à chacun des deux ensembles, comme pour la moyenne pondérée, les deux très petits pays insulaires que sont Maurice et les Seychelles, totalisant 1,3 million d’habitants et considérés à la fois comme francophones et anglophones, compte tenu de leur double héritage colonial. Ce qui ne change toutefois rien au classement des deux ensembles).
L’Afrique francophone, partie la plus industrialisée du continent
Contrairement donc à la désinformation dont elle est souvent victime, et parfois alimentée par des puissances étrangères, l’Afrique francophone est donc bien la partie la plus industrialisée du continent. Le Maroc, qui domine le classement, la Tunisie (4e), Maurice (5e), l’Algérie (6e), le Sénégal (8e) et la Côte d’Ivoire (10e) sont les six pays francophones figurant parmi les dix pays les plus industrialisés.
Quant aux quatre pays non francophones faisant partie des dix premiers du classement, il s’agit de l’Afrique du Sud (2e), de l’Égypte (3e), de l’Eswatini (7e) et de la Namibie (9e). L’Eswatini est un petit pays d’Afrique australe, ne comptant que 1,3 million d’habitants et économiquement très dépendant de l’Afrique du Sud. Quant à la Namibie, également très faiblement peuplée avec ses trois millions d’habitants, elle partage un certain nombre de caractéristiques économiques et sociales communes avec l’Afrique du Sud, le pays ayant notamment connu l’apartheid jusqu’en 1979.
Après avoir réduit l’écart année après année, grâce à des investissements industriels massifs, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de la production d’engrais, le Maroc a donc fini par s’imposer en dépassant une Afrique du Sud en déclin depuis de nombreuses années. En effet, le cette dernière n’a réalisé qu’un taux de croissance annuel de 0,8 % sur la période de 12 années 2014-2025, ce qui signifie, en d’autres termes, qu’elle ne fait pas partie des pays émergents (son taux de croissance étant même, de surcroît, inférieur à la croissance démographique). De leur côté, les deux autres pays francophones du Maghreb, à savoir la Tunisie et l’Algérie, sont donc également présents en tête du classement.
En Afrique de l’Ouest, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les deux seuls pays présents dans le top 10. Ils devancent ainsi nettement le Nigeria (14e) et encore plus largement le Ghana (18e). Par ailleurs, ils devancent également le Kenya (11e), pays le plus industrialisé d’Afrique de l’Est continentale, et se classent loin devant la Tanzanie (23e), l’Éthiopie (31e) ou encore le Rwanda (32e), également situés en Afrique de l’Est.
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont suivis, en Afrique de l’Ouest francophone, par le Bénin et le Togo qui occupent les 24e et 25e positions, respectivement, se plaçant donc à peu près au même niveau que la Tanzanie, et également devant l’Éthiopie ou le Rwanda (dont près de la moitié des exportations de bien proviennent du pillage illégal des richesses de la RDC voisine, accompagné de massacres réguliers de populations civiles congolaises, ce qui fausse totalement les statistiques économiques officielles du pays). Par ailleurs, et bien qu’étant assez loin derrière le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ou encore le Bénin, il est à noter que le Mali et le Burkina Faso se classent tout de même 35e et 36e, respectivement, soit à peu près au même niveau que l’Éthiopie et le Rwanda.
En ce qui concerne le classement des pays d’Afrique francophone, les six pays présents parmi le top 10 continental sont suivis par le Gabon (12e) et la RDC (13e), deux pays d’Afrique centrale affichant également de très bonnes performances, notamment en se classant eux aussi devant le Nigeria, le Ghana et largement devant la Tanzanie, l’Éthiopie ou le Rwanda. De son côté, le Cameroun arrive en troisième position des pays d’Afrique centrale, se situant à la 21e position au niveau continental, légèrement devant la Tanzanie.
Quant au classement francophone en fonction des régions, l’Afrique du Nord constitue la partie la plus industrialisée, avec un indice global de 0,7461 point. Elle est suivie par l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est. Tirée par le poids de la RDC, l’Afrique centrale arrive donc en seconde position (0,5657) en dépassant très légèrement l’Afrique de l’Ouest (0,5411).
Au niveau continental, toutes zones linguistiques confondues, l’Afrique du Nord demeure la région la plus industrialisée, devant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et enfin l’Afrique de l’Est, qui occupe donc la dernière position dans tous les cas de figure. En effet, cette région concentre, à elle seule, cinq des dix pays les moins industrialisés du continent, comme le Soudan du Sud, pays produisant une assez importante quantité de pétrole et classé 53e et avant-dernier du classement (juste devant Sao Tomé-et-Principe, minuscule État insulaire lusophone d’Afrique centrale).
L’Afrique de l’Est demeure d’ailleurs également la partie la plus pauvre du continent, dont elle continue à afficher les niveaux de PIB par habitant les plus faibles. À titre d’exemple, seul un pays d’Afrique de l’Est continental non francophone dépasse la barre des 1 500 dollars par habitant (le Kenya, 2 560 dollars en 2025 selon le FMI), contre non moins de cinq pays francophones d’Afrique de l’Ouest (avec un maximum de 3 010 dollars pour la Côte d’Ivoire). Ce qui rend d’autant plus remarquable le fait que l’Afrique de l’Ouest francophone soit régulièrement la partie la plus dynamique économiquement du continent, avec un taux de croissance annuel de 5,6 % sur la période de 12 années 2014-2025, contre seulement 4,1% pour l’Afrique de l’Est anglophone, pourtant moins développée.
Enfin, le classement démontre également la présence de trois pays non francophones d’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les moins industrialisés du continent, à savoir la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). La Gambie se retrouve donc une nouvelle fois aux toutes dernières places du classement continental, soit très loin derrière le Sénégal qui fait, au contraire, régulièrement partie des cinq premiers en Afrique subsaharienne. La question de la viabilité de ce petit pays anglophone extrêmement pauvre, et dont le territoire enclavé constitue la plus grande anomalie territoriale du continent, peut donc être légitimement posée.
Un environnement plus favorable aux affaires et à l’investissement industriel
La supériorité industrielle de l’Afrique francophone résulte d’un environnement globalement plus favorable aux affaires et aux investissements, notamment industriels. Les différentes politiques économiques et monétaires suivies au cours des dernières années ont permis à de nombreux pays francophones de faciliter considérablement les procédures relatives à la création d’entreprise et à l’investissement, tout en maîtrisant l’inflation et en accordant une attention particulière à la transformation locale des matières premières, notamment à travers la multiplication des zones industrielles.
À titre d’exemple, le dernier classement annuel publié par la Banque mondiale relatif au climat des affaires, en décembre 2025, indique la présence de six pays francophones parmi les dix premiers pays du continent, dont quatre pour la seule Afrique de l’Ouest. Quant à la maîtrise de l’inflation, l’Afrique francophone affiche régulièrement les meilleures performances en la matière. Ainsi, et sur la période de douze années 2014-2025, l’Afrique francophone subsaharienne a enregistré un taux d’inflation annuel de seulement 4,2 % (et même de 2,3 % en zone CFA), alors qu’il atteint un niveau de 19,8 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Une spécificité francophone qui s’applique également à la région Afrique du Nord.
Parallèlement, de nombreux pays francophones ont multiplié les zones industrielles au cours des dernières années, à l’instar du Bénin avec celle de Glo-Dgigbé (ou GDIZ), inaugurée en 2022 et devant s’étendre à terme sur une superficie de non moins de 1 640 hectares, pour devenir une des plus grandes zones industrielles du monde. Fruit d’un partenariat public-privé, et consacrée en bonne partie à la transformation locale de la production agricole, source de valeur ajoutée bien plus importante, la GDIZ emploie déjà environ 20 000 personnes et a déjà permis au Bénin d’exporter ses premiers vêtements vers des pays développés (la France et les États-Unis), produits à partir du coton dont le pays est le premier producteur continental. La GDIZ vient d’ailleurs d’être désignée meilleure zone industrielle d’Afrique par le classement fDI intelligence du Financial Times (et septième au niveau mondial).
Enfin, et même s’il existe de grandes disparités entre régions, il est à noter que l’Afrique francophone demeure globalement la partie la moins touchée par la corruption sur le continent africain, où aucun des cinq pays les plus touchés n’est francophone. La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin se classent même désormais devant des pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne (la Hongrie et la Bulgarie), selon le dernier classement annuel publié par Transparency International et faisant référence en la matière, et devancent nettement des grands pays d’Amérique latine (Mexique, Brésil, Argentine…).
Les différentes politiques et réformes menées par de nombreux pays francophones ont donc permis d’instaurer un environnement globalement plus favorable au développement économique. Une réalité qui s’est notamment traduite par le fait que l’Afrique francophone subsaharienne ait affiché en 2025 le niveau de croissance économique global le plus élevé du continent pour la 12e année consécutive. Moteur de la croissance africaine, elle a ainsi enregistré une progression annuelle de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Sur cette même période, des pays comme la Côte d’Ivoire (6,3 %), la RDC (5,8 %), le Bénin (5,7 %), le Sénégal (5,5 %) ou encore Djibouti (5,6 %) ont réalisé des taux de croissance annuels supérieurs, et parfois largement, à ceux de l’Afrique du Sud (0,8 %), de l’Angola (0,9 %), du Nigeria (1,9 %) ou encore du Ghana (4,3 %) et du Kenya (4,7 %).
Toutefois, si de grandes avancées ont été réalisées, le chemin est encore long afin de rattraper le retard économique et industriel du continent sur le reste du monde. Aujourd’hui, et selon la BAD, l’Afrique ne serait à l’origine que de 2 % de la production mondiale de produits manufacturiers et de 1,4 % des exportations en la matière. Cependant, la mise en œuvre progressive de la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) devrait contribuer à accélérer l’industrialisation du continent. Par ailleurs, l’augmentation considérable des coûts de production asiatiques au cours des dernières années est de nature à augmenter grandement la compétitivité et l’attractivité de l’Afrique en tant que fournisseur de produits manufacturés, notamment vers l’énorme marché européen. Une évolution qui offrira donc très prochainement de grandes opportunités au continent (comme on le voit déjà avec le Bénin, qui commence à concurrencer la Chine et le Bangladesh dans le domaine du textile), qui devra donc poursuivre ses efforts en matière de bonne gouvernance, d’amélioration du climat des affaires, de développement des infrastructures et des compétences humaines afin d’être en mesure de saisir les nombreuses et gigantesques opportunités qui se présenteront.

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