Un nouvel engagement de financement de plus de 1,1 milliard de dollars de la Banque européenne d'investissement devrait accélérer les projets d'énergies renouvelables à travers l'Afrique, mais les experts affirment qu'il ne fera qu'amorcer la résolution d'un déficit d'électricité systémique et plus profond qui touche des millions de personnes sur le continent.
« Ce niveau d’investissement est important pour catalyser le développement des énergies renouvelables, notamment dans le cadre de projets à grande échelle, d’infrastructures de réseau et de programmes d’intégration régionale. Cependant, compte tenu de l’ampleur du déficit énergétique de l’Afrique, il ne représente qu’une composante d’une solution beaucoup plus vaste », explique le Dr Tebogo Kupi du Centre des sciences et technologies des rayonnements appliqués de l’Université du Nord-Ouest (NWU).
Cette solution globale devrait inclure des investissements internationaux, des réformes politiques, l'innovation locale et un bouquet énergétique diversifié. Des institutions comme la NWU devraient jouer un rôle important par le biais de la recherche, de la formation et des partenariats qui soutiennent des solutions énergétiques adaptées au contexte continental.
Près de la moitié des Africains vivent encore dans l'ignorance.
Plus de 600 millions de personnes en Afrique n'ont toujours pas accès à l'électricité, une situation qui continue de freiner les services essentiels et la croissance économique, explique le Dr Kupi. Les conséquences sont considérables.
« Dans le secteur de la santé, une alimentation électrique instable ou indisponible limite le fonctionnement des équipements médicaux, le stockage des vaccins et les services d'urgence », explique-t-il. « Dans le domaine de l'éducation, elle restreint l'accès aux outils d'apprentissage numériques et réduit les heures d'étude, tandis que sur le plan économique, elle freine l'expansion industrielle et diminue les perspectives d'emploi, notamment en milieu rural. »
L’engagement de la Banque européenne d’investissement s’inscrit dans un effort mondial plus vaste visant à soutenir la transition énergétique de l’Afrique. Le Dr Kupi souligne que, si l’ampleur de ce financement est considérable, il convient de le replacer dans un système de financement plus large, nécessaire pour répondre à la demande.
Les énergies renouvelables ne constituent qu'une partie du mix énergétique.
La transition de l'Afrique vers les énergies renouvelables est largement considérée comme nécessaire et réalisable, grâce aux ressources naturelles du continent. Les projets solaires, éoliens et hydroélectriques se développent, mais des défis subsistent en matière d'infrastructures et de coordination.
« La transition est possible, mais elle nécessitera des investissements soutenus, des infrastructures modernisées, des solutions de stockage d'énergie et une forte harmonisation des politiques », explique le Dr Kupi. « Les énergies renouvelables joueront un rôle central, mais un mix énergétique équilibré et adapté au contexte restera nécessaire à court et moyen terme. »
Les cadres politiques et de gouvernance seront essentiels pour déterminer si les investissements se traduisent par un accès durable à l'énergie. La sécurité et la transparence réglementaires sont également cruciales.
Les processus d'approvisionnement et l'amélioration des performances des services publics figurent parmi les priorités identifiées par les experts en énergie.
« Le renforcement des capacités institutionnelles et la réduction des obstacles bureaucratiques seront essentiels pour garantir que le financement produise des résultats durables », ajoute-t-il.
Des solutions locales sont nécessaires
Le Dr Kupi souligne également l'importance des solutions mises en œuvre localement, notamment dans les communautés mal desservies où l'expansion centralisée du réseau peut être lente ou coûteuse.
« Les systèmes décentralisés, tels que les mini-réseaux et les solutions solaires hors réseau, peuvent transformer en profondeur les communautés », affirme-t-il. « L’Afrique du Sud, forte de son secteur énergétique relativement développé, est bien placée pour soutenir l’innovation, la recherche et le développement des compétences dans ce domaine. »
Face à l'augmentation des engagements financiers mondiaux, le défi pour les pays africains sera d'aligner les investissements sur les réformes politiques et l'innovation locale afin de combler l'un des écarts de développement les plus persistants du continent.

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