Connectez-vous S'inscrire
Energie & Mines Afrique

Richesse par habitant : sans une goutte de pétrole, le Bénin dépasse le Nigeria


Rédigé le 31 Mars 2026 à 12:56 | 0 commentaire(s) modifié le 31 Mars 2026 - 13:20


EMA - Passée inaperçue, cette performance résulte notamment d’une politique active de diversification, d’industrialisation et de lutte contre la corruption.


Selon les dernières données publiées par le FMI, le Bénin affiche un PIB par habitant de 1 635 dollars pour l’année 2025, contre seulement 1 200 dollars pour le Nigeria, qu’il avait dépassé un an plus tôt, en 2024. Pays d’Afrique de l’Ouest de taille modeste (près de 115 000 km2), mais toutefois plus vaste que la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse réunis, le Bénin réalise ainsi l’exploit de devancer son grand voisin pétrolier pour la première fois depuis la montée en puissance de sa production d’hydrocarbures, dans les années 1960.


Un dynamisme économique largement supérieur
 

Cette grande performance résulte de la croissance économique soutenue observée au Bénin au cours des dernières années. En effet, le pays a enregistré un taux de croissance annuel de 6,1 % sur la décennie 2016-2025, contre seulement 1,3 % pour le Nigeria, soit un rythme près de cinq fois supérieur à celui de son voisin pétrolier (selon les dernières données, plus récentes, de la Banque mondiale). Cette croissance robuste, qui a même atteint 7,3 % en 2025 (contre 4,2 % pour le Nigeria), a donc permis au Bénin de dépasser son voisin, qui affichait un niveau de richesse par habitant plus de trois fois supérieur en 2015 (3 651 dollars, contre seulement 1 003, selon le FMI).

 

De plus, cette montée en puissance de l’économie béninoise s’accompagne d’une parfaite maîtrise de l’inflation, qui s’est établie à un taux annuel de seulement 1,3 % sur la période 2016-2025, contre non moins de 18,2 % pour le Nigeria (et 2,1 % contre 23 % en 2025, selon le FMI). Chose qui contredit, au passage, les déclarations de bon nombre de commentateurs selon lesquelles une faible inflation pénaliserait la croissance économique sur le continent africain. Les mauvaises performances du Nigeria, en matière de croissance et d’inflation, ont notamment conduit à de nouvelles dépréciations importantes de la monnaie nationale, le naira, dont la valeur est désormais plus de 2 100 fois inférieure à celle qu’il avait à sa création, en 1973, par rapport au dollar (à la date du 1 janvier 2026).

 

Les taux de croissance du Bénin devraient d’ailleurs se maintenir à un niveau élevé au cours des prochaines années en se situant entre 6 et 7 % d’ici à 2030, contre seulement 4 % pour le Nigeria, avec lequel il devrait donc continuer à creuser l’écart. En dépassant le Nigeria en termes de PIB par habitant, le Bénin vient d’ailleurs de réaliser un exploit assez comparable à celui qui avait été récemment accompli par la Côte d’Ivoire (en 2023), le Sénégal et le Cameroun (2024), qui réussirent également à le dépasser malgré une production pétrolière considérablement inférieure, et même nulle pour le Sénégal. 

 

En effet, la Côte d’Ivoire (au PIB par habitant de 3 016 dollars en 2025), avait déjà réussi cette performance en dépit d’une production pétrolière près de 40 fois inférieure au cours de la décennie 2016-2025, tandis que le Cameroun (2 027 dollars) affichait une production 20 fois inférieure sur la même période. Quant au Sénégal (1 921 dollars), le pays n’a commencé à extraire ses premières gouttes d’or noir qu’en 2025. De son côté, le Bénin devrait également commencer à produire ses premiers barils de pétrole en 2026, mais pour une production négligeable d’environ 15 000 barils par jour, soit environ 100 fois moins que le Nigeria…

 

Par ailleurs, il est à noter que le Bénin dépasse également et largement le Mali (1 014 dollars par habitant), qui est le deuxième producteur africain de coton, au coude à coude avec le Bénin, mais surtout le second producteur d’or, dont le cours a plus que doublé depuis début 2024 et qui représente désormais environ 80 % des recettes d’exportation du pays. De même, le Bénin dépasse désormais largement le Rwanda, qui affiche un PIB par habitant de seulement 1 043 dollars malgré le pillage massif et illégal des richesses de la RDC voisine (accompagné de massacres réguliers de populations civiles), qui représentent désormais près de 50 % des exportations de biens de ce pays à l’économie peu développée, et abritant également 15 millions d’habitants, comme le Bénin.

 

Pour rappel, le Bénin fait partie de l’Afrique subsaharienne francophone, qui vient de dépasser les 500 millions d’habitants en 2025 (504 millions au 1er janvier 2026), et qui constitue globalement la zone la plus dynamique économiquement du continent africain. En effet, ce vaste ensemble de 22 pays a été le moteur de la croissance économique continentale pour la douzième année consécutive en 2025, réalisant une croissance annuelle de 4,1 % sur période de douze années allant de 2014 à 2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Grand pays lusophone d’Afrique Australe, l’Angola vient d’ailleurs de rendre obligatoire l’apprentissage du français, dès le primaire, afin de renforcer ses relations économiques avec cet ensemble francophone en forte croissance, et de dynamiser son économie (qui a affiché un taux de croissance annuel de seulement 0,9 % sur la période 2014-2025, comparable au taux de 0,8 % enregistré par l’Afrique du Sud, mais très éloigné de ceux de la RDC voisine ou de la Côte d’Ivoire, qui s’élèvent à 5,8 % et 6,3 % respectivement). 

Croissance Bénin-Nigeria 2016-2025

Industrialisation, diversification et bonne gouvernance 
 

La croissance économique soutenue du Bénin s’explique par les politiques volontaristes menées ces dernières années en matière de diversification, d’industrialisation, de construction d’infrastructures, d’amélioration du climat des affaires et de lutte contre la corruption. Une attention particulière a notamment été portée à l’industrialisation du pays, à travers la transformation locale des différentes productions agricoles, source de valeur ajoutée bien plus importante pour l’économie nationale (au lieu de les exporter à l’état brut, en particulier vers des pays asiatiques qui les transforment en dégageant d’importants bénéfices). Cette politique s’est notamment traduite par la construction de la gigantesque zone économique spéciale de Glo-Dgigbé (GDIZ), une des plus grandes zones industrielles du monde, dont les premières unités sont entrées en production en 2022. 

 

Située à proximité de la capitale économique du pays, Cotonou, et devant s’étendre à terme sur une superficie de non moins de 1 640 hectares, la GDIZ est une vaste zone industrielle intégrée, fruit d’un partenariat public-privé et visant à créer des chaînes de valeur allant de l’approvisionnement en matières premières locales à l’exportation de produits finis, notamment à travers la transformation des produits agricoles tels que le coton, la noix de cajou et le soja. Le pays étant le premier producteur africain de coton, avec une production annuelle d’environ 600 000 tonnes (représentant autour de 45 % des exportations nationales jusqu’en 2024), un vaste parc textile a été établi au sein de cette zone économique spéciale, avec l’ambition d’en faire le plus grand complexe industriel intégré et éco-responsable textile au monde, d’ici 2030. 

 

Aujourd’hui, et moins de quatre ans après le démarrage des activités de production, la GDIZ emploie déjà 15 000 personnes grâce à l’installation de nombreuses usines opérant dans différents domaines en utilisant des matières premières locales (transformation de produits agricoles, production de carreaux de céramique…). Elle a notamment déjà permis au Bénin d’exporter ses premiers vêtements, serviettes et gants vers des pays développés, à savoir la France et les États-Unis, tout en maîtrisant l’ensemble des étapes de production, de la matière première au produit fini (une performance quasi inexistante sur le continent dans le secteur textile). Avec sa montée en puissance, la GDIZ, qui vient d’ailleurs d’être désignée meilleure zone industrielle d’Afrique par le classement fDI intelligence du Financial Times (et septième au niveau mondial), devrait fournir largement plus de 100 000 emplois directs à l’horizon 2030. 

 

Parallèlement à l’industrialisation du pays, le Bénin accorde également une attention particulière au développement du tourisme, dont il souhaite doubler la contribution au PIB en la faisant passer de 6 % en 2025 à 13 % en 2030, notamment à travers le développement des tourismes culturel et balnéaire. À titre d’exemple, le Bénin a lancé en 2024 les premières journées du Vodoun (dont la troisième édition, tenue en janvier 2026, a connu un grand succès international), et vient de valider le projet de construction d’un village de vacances Club Med, qui devrait ouvrir ses portes en 2027 et compter 336 chambres, dont 30 suites de haut standing.

 

Le succès de la politique d’industrialisation et de développement touristique du Bénin s’explique notamment par les grands efforts accomplis ces dernières années en matière d’amélioration du climat des affaires et de lutte contre la corruption. Sur le premier point, le pays s’est ainsi classé au cinquième rang africain dans le dernier classement annuel publié par la Banque mondiale, en décembre 2025. Quant à la lutte contre la corruption, le Bénin s’est une nouvelle fois illustré en se classant au huitième rang africain, et au 70e rang mondial, dans le dernier classement annuel publié par Transparency International (Indice de perception de la corruption 2025). Le pays se place ainsi très loin devant le Nigeria, classé 142e au niveau mondial, ou encore le Kenya (130e), et réalise même la performance de devancer tous les grands pays d’Amérique latine, comme l’Argentine (104e), le Brésil (107e) et le Mexique (141e), ainsi que deux pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne, à savoir la Hongrie et la Bulgarie, classés chacun au 84e rang mondial.

 

Grâce à son émergence économique, les ressources financières supplémentaires à disposition du pays lui ont également permis d’accroître ses investissements dans le développement des infrastructures et des services publics, aussi bien au bénéfice des investisseurs que de la population locale. Ainsi, le Bénin talonne désormais le Nigeria en matière d’électrification, voire le dépasse, après avoir divisé par près de six l’écart qui le séparait de son voisin, entre 2016 et 2023, en passant d’un taux d’accès à l’électricité de 29,6 % de la population à 57 % en 2023, contre une évolution de 52,5 % à 61,2 % pour le Nigeria (selon les critères et les dernières données de la Banque mondiale). De son côté, l’espérance de vie a également continué à progresser, pour s’établir à 60,8 ans en 2023, dépassant ainsi largement celle du Nigeria (54,5 ans, soit le niveau le plus faible au monde selon la Banque mondiale).

 

Grâce à ses performances, le Bénin s’érige désormais en modèle de bonne gouvernance et de développement économique et social pour le continent. Toutefois, il devra faire peur preuve de vigilance afin d’être capable de faire face efficacement à d’éventuelles tentatives de déstabilisation venant de l’extérieur, d’Afrique ou d’ailleurs, et conduites par des parties voulant exercer un certain contrôle sur le pays, ou simplement « contrariées » par ses multiples réussites.

Ilyes Zouari



Actualités sectorielles | Energies | Pétrole | Gaz | 📊 Analyses & Dossiers | Contenu local | Terrain & communautés | Bénéficiaires effectifs | Tribunes & expertises | Innovation & numérique | Investissements & marchés | 💡Guides pratiques | EcoFinance | Agenda & événements | Technologie | Finance | Environnement | Contribution | Donneurs | Conseil des Ministres | Nominations | Bénéficiaires effectifs | Economie & Finance | Mines | Electricité | Magazine