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Sortie de la liste grise du GAFI : la Côte d'Ivoire valide sa maturité financière et relance son attractivité


Rédigé le 4 Novembre 2026 à 12:35 | 0 commentaire(s) modifié le 4 Novembre 2026 - 12:53

Massamba Ndakhté Gaye
Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations... En savoir plus sur cet auteur

EMA – La Côte d’Ivoire a su redresser la barre en l'espace de 24 mois grâce à un plan d'action ambitieux et rigoureusement exécuté.


C’est une victoire stratégique pour l’économie ivoirienne et un signal fort envoyé aux marchés financiers internationaux. Lors de sa session plénière tenue à Paris du 28 au 30 octobre 2026, le Groupe d’action financière (GAFI) a officiellement retiré la Côte d’Ivoire de sa liste des juridictions sous surveillance renforcée, communément appelée « liste grise ».
 
Inscrite sur cette liste en octobre 2024 en raison de carences stratégiques dans son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), la Côte d’Ivoire a su redresser la barre en l'espace de 24 mois grâce à un plan d'action ambitieux et rigoureusement exécuté.
 
Un parcours de conformité fondé sur l'efficacité opérationnelle
 
Le GAFI a salué des progrès significatifs qui dépassent le simple cadre législatif pour toucher à l'efficacité du système judiciaire et financier. Six axes majeurs ont été validés par les experts internationaux lors de la visite sur place :

- Coopération internationale accrue : renforcement de l'entraide judiciaire et de la collaboration transfrontalière sur les dossiers financiers complexes.
 
- Supervision axée sur les risques : un encadrement renforcé du secteur bancaire, mais aussi des entreprises et professions non financières désignées (EPNFD), telles que les notaires, les agents immobiliers et les négociants.
 
- Transparence des bénéficiaires effectifs : traçabilité accrue des véritables propriétaires des sociétés immatriculées en Côte d'Ivoire, assortie de sanctions dissuasives en cas de manquement.
 
- Renforcement de la CENTIF : optimisation de l'exploitation et de la diffusion des renseignements financiers par la Cellule de renseignement financier vers les services d'enquête.
 
- Accélération des poursuites judiciaires : une hausse démontrée des enquêtes et des condamnations pour blanchiment et financement du terrorisme, en adéquation avec le profil de risque national.
 
- Sanctions financières ciblées : un mécanisme opérationnel plus réactif pour le gel des avoirs criminels et terroristes.
 
- Quels bénéfices pour l'économie ivoirienne ?
 
Pour Abidjan, les retombées de cette décision sont immédiates et concrètes :
  • Réduction des coûts de conformité bancaire : la sortie de la liste grise allège les procédures de due diligence renforcée appliquées par les banques correspondantes internationales (correspondant banking). Cela va fluidifier les transactions transfrontalières et réduire les frais pour les entreprises locales.
  • Confiance accrue des investisseurs étrangers : en démontrant la solidité de son système financier, la Côte d'Ivoire renforce son positionnement de hub économique et financier de l'UEMOA.
  • Soutien à la notation souveraine : cette décision enlève un facteur de risque institutionnel susceptible de peser sur les émissions obligataires du pays sur les marchés internationaux.
 
Cap sur la pérennisation avec le GIABA
 
Si cette sortie marque la fin du suivi renforcé par le GAFI, le travail de consolidation ne fait que commencer. La Côte d'Ivoire poursuivra son étroite collaboration avec le GIABA (Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest) pour veiller à la pérennité des réformes engagées et adapter en permanence ses défenses face aux nouvelles typologies de criminalité financière (notamment liées aux crypto-actifs).
 
En réintégrant le cercle des nations financièrement conformes, la Côte d'Ivoire confirme sa trajectoire de croissance et démontre sa capacité à s'aligner sur les meilleurs standards internationaux.

Analyse comparative détaillée du processus de sortie de la liste grise du GAFI pour le Sénégal (octobre 2024) et la Côte d'Ivoire (octobre 2026)

Synthèse comparative globale
Critère Sénégal (Sortie : Octobre 2024) Côte d'Ivoire (Sortie : Octobre 2026)
Durée sur la liste grise 3 ans et 8 mois (février 2021 – octobre 2024) 2 ans (octobre 2024 – octobre 2026)
Présidence du GAFI Elisa de Anda Madrazo (Mexique) Giles Thomson (Royaume-Uni)
Profil de risque dominant Secteur extractif (gaz/pétrole), OBNL, transactions informelles Hub financier UEMOA, négoce (cacao/or), immobilier, ÉPNFD
Vitesse d'exécution Délais plus longs, marqués par des ajustements politiques et réglementaires Exécution rapide du plan d'action (24 mois chrono)
 
La transparence des bénéficiaires effectifs (BE) : deux approches face au GAFI

La question du Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) représente la pierre d'achoppement majeure de la conformité LBC/FT. L'analyse révèle des nuances stratégiques importantes entre les deux pays :
 
Le Sénégal : le défi de l'accès citoyen et des « verrous » administratifs
  • Le diagnostic (voir l'article Equonet Energies ) : le Sénégal a corrigé l'absence de cadre pour la collecte des BE, ce qui a satisfait les exigences formelles du GAFI. Cependant, sur le terrain, l'accès reste restreint aux seules autorités publiques.
  • Le problème du « verrou » juridique : l'obligation de justifier d'un « intérêt légitime » pour consulter le registre protège la confidentialité des données personnelles mais crée un manque de transparence vis-à-vis des journalistes d'investigation et de la société civile.
  • Informations incomplètes : des lacunes persistent dans la précision des déclarations (niveaux de participation, nationalités des ayants droit réels), et les sanctions pour non-conformité demeurent peu publiques.
La Côte d'Ivoire : une focalisation sur la vérification et les sanctions
  • L'approche validée en 2026 : la Côte d'Ivoire a mis l'accent sur le point (3) de son plan d'action : l'amélioration de la vérification systématique et l'accès aux données par les autorités compétentes, couplés à l'application de sanctions dissuasives en cas de fausse déclaration.
  • Traçabilité des structures complexes : étant un centre d'affaires majeur dans la zone UEMOA, le pays a dû renforcer le contrôle des personnes morales pour empêcher l'utilisation de sociétés écrans dans l'immobilier et le commerce transfrontalier.
Les points de convergence et de divergence

1. Les points de convergence
 
Passage de la norme à la preuve d'efficacité : pour les deux pays, le GAFI a exigé la preuve que les cellules de renseignement financier (CENTIF) transmettaient des dossiers exploitables aux autorités judiciaires et que des condamnations réelles étaient prononcées.
 
Encadrement des ÉPNFD : tant à Dakar qu'à Abidjan, le resserrement de la supervision des notaires, agents immobiliers et négociants a été une condition sine qua non pour sortir du suivi renforcé.
 
Pérennisation avec le GIABA : les deux nations réintègrent le circuit classique de suivi sous la supervision directe du GIABA (Afrique de l'Ouest).
 
2. Les divergences clés
  • Gouvernance des registres : le Sénégal illustre la difficulté d'équilibrer la conformité technique GAFI avec les exigences citoyennes de transparence totale. La Côte d'Ivoire a privilégié l'efficacité opérationnelle et la conformité institutionnelle pour rassurer rapidement les marchés financiers et le correspondant banking.
  • Gestion du temps : la Côte d'Ivoire a maintenu un tempo très serré (24 mois), évitant le risque d'enlisement sur la liste grise, tandis que le Sénégal a suivi un processus de réformes plus long de près de quatre ans.
Bilan d'analyse : la sortie de la liste grise démontre la maturité institutionnelle des deux géants de l'UEMOA. Cependant, comme le soulignait l'article d'investigation sur le Sénégal, la conformité aux yeux du GAFI n'éteint pas la nécessité d'un contrôle citoyen sur la traçabilité des vrais propriétaires d'entreprises.



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