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Saint-Louis : l’ombre du méthane derrière la flamme du gaz


Rédigé le 12 Février 2026 à 12:47 | 0 commentaire(s) modifié le 12 Février 2026 - 16:36

Massamba Ndakhté Gaye
Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations... En savoir plus sur cet auteur

EMA - Alors que le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) promet des milliards, une enquête menée auprès des communautés riveraines révèle une réalité brutale.


La flamme du paradoxe

Depuis début 2025, une torche illumine la nuit au large de Saint-Louis. Pour les investisseurs, elle symbolise l’entrée du Sénégal dans le club des producteurs de gaz. Pour les habitants de la Langue de Barbarie, elle est le signe d’un sacrifice. Alors que le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) promet des milliards, une enquête menée auprès des communautés riveraines révèle une réalité brutale : l’ombre du méthane étouffe déjà la santé et l’économie locale.

Le méthane, poison invisible aux conséquences visibles

Le méthane ((CH_4)), gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le (CO_2) sur 100 ans, est au cœur des inquiétudes. Torchage, dégazage et fuites accidentelles libèrent des polluants dangereux : noir de carbone, particules fines, composés organiques volatils.
Les pêcheurs et transformatrices de poisson témoignent de toux, irritations oculaires et difficultés respiratoires. Le Dr Abiboulaye Sall reconnaît que les impacts réels se manifestent souvent à long terme, masqués par le manque de dépistage.
« C’est notre corps qui traduit la qualité de l’air », confie une transformatrice de poisson.

L’incident du puits A02 : une crise de confiance

Le 19 février 2025, une fuite est détectée sur le puits A02 du projet GTA. BP attend deux semaines pour officialiser l’incident, le qualifiant de « faible débit » et d’impact « négligeable ». Greenpeace dénonce un « déni des droits humains fondamentaux ».

La société civile réclame des données indépendantes, soulignant la vulnérabilité du récif corallien en eau profonde, unique au monde. L’absence d’un système de mesure et vérification (MRV) crédible nourrit la suspicion et fragilise la « licence sociale d’opérer » de BP.

La mort du Jatara : un héritage confisqué

Historiquement, la communauté de Saint-Louis vit de la pêche. Mais l’accès au récif naturel « Jatara » est désormais restreint par les zones de sécurité des plateformes. Les captures chutent, les bateaux s’entassent inutilisés sur les plages.

Mamadou Sarr, président du syndicat des pêcheurs, s’indigne :« C’est notre terre et notre mer, pourquoi n’avons-nous pas notre mot à dire ? »

Les promesses de compensation – six récifs artificiels – se réduisent à un seul projet. Les pêcheurs portent plainte contre BP auprès de l’OCDE pour violation des droits humains. La crise économique alimente la migration clandestine, les jeunes préférant risquer leur vie en mer plutôt que de subir l’effondrement local.

Gouvernance en angle mort

Malgré le Code Gazier (2020) et le Code de l’Environnement (2023), le méthane reste un point aveugle. L’article 133 interdit le torchage de routine, mais le décret d’application obligeant les plans de gestion du méthane n’est toujours pas adopté fin 2025.

La Direction de l’environnement et des établissements classés (DEEC) manque de moyens pour contrôler les engagements des compagnies. La souveraineté de gestion reste fragile, dépendante des données fournies par les opérateurs eux-mêmes.

Recommandations pour une exploitation responsable
  • Transparence totale : publication en temps réel des données environnementales, traduites en langues locales.
  • Comités participatifs : inclusion des pêcheurs, femmes transformatrices et société civile dans le suivi.
  • Audits indépendants : obligation de vérification externe des émissions et incidents.
  • Compensation équitable : fonds transparent pour les pertes économiques des communautés.
  • Diversification économique : alternatives viables pour réduire la dépendance à la pêche.
Souveraineté et justice sociale

Le « gaz de l’espoir » ne peut se construire sur le silence des victimes. La flamme de Saint-Louis éclaire aujourd’hui les failles d’un système qui sacrifie son peuple pour des dividendes offshore.

La souveraineté du Sénégal ne se mesurera pas au nombre de barils extraits, mais à sa capacité à protéger ses citoyens et à partager équitablement les bénéfices. Transparence, responsabilité et participation citoyenne doivent devenir des impératifs.
 
NB : Cet article a été rédigé dans le cadre de l’enquête menée par un Consortium de trois Journalistes sénégalais : Yanda SOW (Africapétromine), Gabriel Barbier (Wal Fadjri) et Ndakhté M. Gaye (Energie & Mines Afrique)
 



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